La liberté ne mène pas à l'anarchie. Les enfants ne sont pas des créatures sauvages dont il faut civiliser les comportements à coup de punitions et récompenses. Ce modèle béhavioriste repose sur le plus bas niveau de moral: si je fais quelque chose d'interdit, je serai punie; si je fais quelque chose de bien, je serai récompensée. C'est le niveau de réflexion qu'on attend d'un chien. Pourquoi est-ce qu'on ne fait pas davantage confiance à nos enfants? Pourquoi est-ce qu'on croit qu'il faut ainsi les dresser?
Dans le film «Les enfants de Timpelbach», un village est la proie des bêtises d'une bande de jeunes voyous. Afin de donner une leçon aux enfants, les parents quittent le village pour une journée. Dans un premier temps, la bande de voyous recrute d'autres enfants sous la bannière de l'anarchie: on fait tout ce qu'on veut puisque personne n'est plus là pour nous punir! Mais un autre groupe d'enfants refusent d'adhérer. Ils décident de s'organiser pour prendre la vie du village en main, faire ce qui doit être fait: se nourrir, se vêtir, prendre soin des plus petits. Les deux bandes s'affronteront et la bataille tournera mal, mais avant le retour des parents les «gentils» enfants triompheront des méchants.
On remarquera sans trop d'effort que les «méchants» enfants sont ceux qui souffrent d'une éducation déficiente: parents trop sévères, qui croient à la vertu d'une bonne raclée, ou encore parents absents, qui ne se préoccupent que d'eux-mêmes. Les «gentils» enfants par contre sont ceux qui reçoivent l'amour et la confiance de leurs parents. Il s'agit là d'une étude psychologique ni très fine ni très poussée, mais qui touche à une vérité essentielle bien que grossièrement tracée: children see, children do. C'est la première leçon que les parents devraient retenir.
La deuxième leçon, c'est qu'un enfant n'est qu'un être humain comme les autres. Depuis quelques décennies, on nous abreuve de livres et d'émission télé sur la psychologie des enfants, ou comment dompter ces effroyables créatures avant qu'elles ne saccagent notre maison et notre vie. Mais le seul truc nécessaire pour comprendre son enfant, c'est l'empathie. Un enfant libre, à qui l'on fait confiance, à qui l'on confie la responsabilité de lui-même, ne se conduira peut-être pas exactement selon ce qu'on aimerait, mais il ne deviendra pas un dangereux délinquant. Un enfant libre n'a pas besoin d'autres contraintes que celles de la vie courante. L'enfant est par nature sociable et ne désire rien de plus que de s'intégrer à la société dans laquelle il vit. Il faut lui donner les outils nécessaires pour le faire, soit le respect de sa dignité, de son intégrité et de son autonomie. La liberté, c'est d'abord la confiance mutuelle.
Le film ne résout pas ces questions. Il se conclue dans un happy end convenu, avec la réunion des parents et des enfants, les méchants punis et tout le tralala. Mise à part la maîtresse qui a enfin évacué ses tensions sexuelles, on ne sait pas ce que les personnages ont retenu de cette «leçon». Mais j'ose croire que les événements auront enseigné aux enfants plus d'autonomie et aux parents plus de respect et de confiance.
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Ma réflexion sur la liberté est en constante évolution. Elle s'est alimentée des lectures suivantes:
- Libres enfants de Summerhill, A.S. Neil
- Pour l'abolition de l'enfance, Shulamith Firestone (disponible en téléchargement gratuit aux éditions Tahin-Party)
- Éduquer ses enfants, s'éduquer soi-même, Naomi Aldort
- Lettre au père, Franz Kafka
Merci pour le lien du livre ''Pour l'abolition de l'enfance''! Je l'ai publié sur Facebook ;)
RépondreSupprimerÇa fait plaisir! Je suis contente d'avoir une réaction là-dessus, j'essaie de faire circuler ce texte qui m'a vraiment touchée.
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